mardi, mars 06, 2007

Ute Lemper au Palau de la Musica Catalana

La huitième édition du Festival Mil.lenni de Barcelone se termine cette semaine par un concert de Goran Bregovic, après avoir accueilli les Choristes, Salvator Adamo, les soeurs Labèque, Falete, Georges Moustaki, Jaume Aragall, Tap Dogs et quelques autres. Le 26 janvier, Ute Lemper était invitée à donner un récital au Palau de la Musica Catalana, pour la seconde fois en un an. Elle a exprimé son bonheur de revenir dans la plus belle salle de concert du monde, et la difficulté de proposer un nouveau programme au même public après avoir interprété ses chansons préférées la fois précédente.

La chanteuse allemande installée à New York a offert un concert plus proche du show à l'américaine que du cabaret berlinois, n'hésitant pas non plus à fustiger plusieurs fois le gouvernement Bush. La chanson française constitue une part importante de son répertoire.Trois chansons de Jacques Brel et Youkali de Kurt Weill ont été des temps forts de la soirée. J'avoue avoir été un peu déçu par une interprétation plutôt jazzy de morceaux qui demandent à mon avis plus de simplicité. Le théâtre dur et réaliste de l'époque de Weill provoque une émotion plus forte lorsqu'il est donné de manière brute, sans trop d'effets vocaux - bien que je préfère aussi lorsque les notes sont réellement chantées et non pas dites.
Le public était conquis et la très belle salle (à mon avis le monument à voir absolument à Barcelone, davantage même que la Sagrada Familia) magnifiée par des éclairages de couleurs rarement utilisées dans une salle à la programmation essentiellement classique.

samedi, novembre 18, 2006

Le Livre de la jungle


Ça y est ! J'ai pu rentrer dans la Maison de la Radio pour voir un concert gratuit de l'Orchestre National de France ! Le thème des concerts Portes Ouvertes de ce week-end est "Orients". Les autres temps forts seront l'opéra "Paul et Virginie" de Le Sueur ce soir et le premier concert hors de son village malgache du groupe Tefa, dimanche 19 novembre à 15h30.

Hier soir, Fabien Gabel dirigeait une version intégrale du Livre de la jungle de Charles Koechlin (1867-1950), évocation symphonique d'après l'ouvrage de Rudyard Kipling. Le compositeur français a été fasciné durant toute sa vie de compositeur par l'univers animalier et sauvage du roman puisqu'il a commencé à mettre en musique des poèmes du Livre dès 1899 (soit cinq ans après la parution du premier Livre de la jungle) pour terminer par le poème symphonique des Bandar-log en 1939-1940. L'écriture savante de Koechlin rend certainement mieux hommage à l'ouvrage d'origine que le dessin animé de Walt Disney : l'atmosphère inquiétante installée par une musique autant primitive que complexe est envoûtante. Elle semble nous happer, nous appeler irrésistiblement en faisant ressortir nos instincts les plus profondément enfouis, tout en nous prévenant que nous allons nous perdre dans une Nature aux lois implacables.

Je n'ai pu m'empêcher de penser à deux autres oeuvres artistiques hier soir. Roméo et Juliette de Berlioz, de par son effectif (un orchestre symphonique très fourni, ainsi que des voix - un choeur, un mezzo-soprano, un ténor et une basse - qui interviennent finalement peu) mais aussi le film Tropical malady d'Apitchapong Weerasethakul, de par sa structure, son thème et son ambiance.

Ce qui m'intéressait le plus était bien sûr les Trois Poèmes de Livre de la jungle, seul moment chanté du concert. La Berceuse phoque ("Dors mon baby, la nuit est derrière nous, et noires sont les eaux qui brillaient si vertes...") inspirera peut-être Joseph Canteloube pour l'orchestration de son Baïlero puisqu'on y retrouve la même quiétude contemplative, ces lents arpèges au piano. La Chanson de nuit dans la jungle ("Chil, vautour conduit les pas de la nuit que Mang le vampire délivre...") est peut-être le moment le plus animalier de l'oeuvre. Quant au Chant de Kala-Nag ("Je me souviens de qui je fus, j'ai brisé la corde et la chaîne..."), il nous a fait entendre les superbes aigus du pupitre masculin du Choeur de Radio France ainsi que ceux de Nikolai Schukoff (à droite sur la photo !), absolument sublime dans les graves où débute le morceau, sa vaillance dans le haut de la tessiture et son engagement presque scénique. J'espère que ce ténor autrichien, qui remplaçait Gilles Ragon initialement prévu, choisira intelligemment ses engagements futurs pour ne pas abimer son précieux matériel vocal.

Le Livre de la jungle d'après Kipling de Charles Koechlin
1. La Loi de la jungle
2. Les Bandar-log
3. Trois Poèmes du Livre de la jungle :
- Berceuse phoque (pour soprano)
- Chanson de Nuit dans la jungle (pour mezzo-soprano, basse et choeur)
- Chant de Kala-Nag (pour ténor et choeur d'hommes)
(entracte)
4. La Méditation du Purun Baghat
5. La Course de printemps

Marie-Nicole Lemieux (mezzo-soprano)*
Nikolai Schukoff (ténor)*
Denis Sedov (basse)
Choeur de Radio France
Orchestre National de France
Fabien Gabel (direction)*

17 novembre 2006 Salle Olivier Messiaen de la Maison de la Radio à Paris

* photo

mercredi, novembre 15, 2006

Donation photographique de la Caisse des Dépôts


Le Centre Pompidou prolonge jusqu'au 12 mars 2007 l'exposition "Peintres de la vie moderne", une collection de photographies amassées entre 1991 et 2003 par la Caisse des Dépôts, qui offre aujourd'hui ces trésors au Musée National d'Art Moderne. La scénographie est comme toujours très forte et reproduit plus ou moins fidèlement des lieux de la Caisse des Dépôts, où ces photos ont été exposées : l'accueil, la salle du conseil d'administration, la réserve...

Cette collection contemporaine est "tous publics" : pas de violence, pas de nudité, beaucoup de sens mais peu de provocation. On y voit des photos de visiteurs du Louvre de Thomas Struth, un intérieur d'usine d'Andreas Gursky, une accumulation de panneaux publicitaires par Claude Closky, les zoos déserts de Thomas Mangold, des lieux d'Angoisse par Edouard Levé, des balcons sur le monde de Philippe Ramette...

Une magnifique exposition qui ne livre pas ses secrets facilement.

dimanche, octobre 22, 2006

Dame Kiri Te Kanawa et Frederica von Stade


Hier s'est achevée la tournée de la soprano Kiri Te Kanawa et de la mezzo-soprano Frederica von Stade, entamée aux USA (Berkeley le 21 septembre, Urbana le 26, Colombus le 30) puis terminée en Europe (Helsinki le 10 octobre, Londres le 15, Birmingham le 17, Théâtre des Champs-Elysées le 21) avec Julian Reynolds au piano.
Je ne veux pas me lancer dans une critique journalistique de la soirée. Disons juste qu'elle a été très belle, très décontractée. Frederica von Stade a pris la parole pour parler des talents pour la pêche de sa collègue et du mariage de leurs filles respectives (c'est toujours sympathique que des interprètes classiques parlent un peu pendant leur récital, pour casser un peu la barrière instauré par le côté guindé de la manifestation) et Kiri Te Kanawa nous a gratifié de plusieurs moments d'une beauté inouïe, notamment dans le célèbre Scarborough Fair.
Je tiens à détailler le programme pour en garder une trace précise :
Mozart - Via resti servita (FVS, KTK), Progi Amor (KTK), Vedrai carino (FVS)
Berlioz - Villanelle (FVS), Le Spectre de la Rose (KTK), L'île inconnue (KTK, FVS)
Poulenc - Les Gars qui vont à la Fête (FVS), Hôtel (KTK), C'est ainsi que tu es (FVS), Voyages à Paris (KTK)
Mozart - Ah guarda sorella (KTK, FVS)
Canteloube - L'aïo de Rotsa (FVS et un tout petit peu KTK), La Delaïssado, Malurous, Baïlero (FVS, KTK)
traditionnel - Scarborough Fair (KTK)
Britten - O, Waly Waly (FVS)
Copland - Why do they shut me out of Heaven (KTK), I bought me a cat (FVS)
Thomas - Connais-tu le pays (FVS)
Massenet - Adieu notre petite table (KTK)
Offenbach - Barcarolle (FVS, KTK)
Tosti -Venetian song (KTK, FVS)
Porter - True Love (KTK, FVS)
et en bis : In Paradisum de Jenkins et le duo des chats (d'après Otello de Rossini et Happy Birthday de Mildred Hill dans la version de Marilyn Monroe).

Les prochains projets de Frederica von Stade sont Ottavia dans le Couronnement de Poppée de Monteverdi à Los Angeles puis une tournée avec Samuel Ramey. En début de saison prochaine, elle chantera dans Dead man walking au Theater an der Wien.

Kiri Te Kanawa ne chantera vraisemblablement plus sur scène. Le programme de salle annonce sa tournée d'adieu pour 2007.

vendredi, octobre 20, 2006

Mutlu Prens avec Burak DÖRDÜNCÜ



Oscar Wilde est à l'honneur sur de nombreuses scène européennes. Rien qu'à Paris, on y joue deux de ses pièces de sa période glorieuse (L'éventail de Lady Wintermere et L'importance d'être Constant) ainsi que son opéra Salomé.

Au Centre Culturel d'Istanbul à Taksim, je suis allé voir Mutlu Prens, une comédie musicale inspirée du conte d'Oscar Wilde, le Prince heureux. C'est peut-être un peu curieux d'aller voir un spectacle pour enfants mais comme j'avais lu le bouquin (il y a presque vingt ans), je ne risquais pas d'être trop handicapé par ma méconnaissance de la langue turque.
Heureusement pour le public, une fée apporte une happy end qui n'existait pas dans la nouvelle originale.

Le théâtre Antoine présente une expo sur Oscar Wilde, en parallèle à son excellente production de la brillantissime pièce L'importance d'être Constant. C'est à mon avis l'un des spectacles à voir à Paris en ce début de saison.

jeudi, septembre 14, 2006

Halstatt et le Salzkammergut


Je me suis rendu au Festival de Salzbourg fin août pour y voir une superbe Flûte enchantée. Comme je n'ai pas trouvé de vol direct depuis Paris, j'ai pris l'avion pour Vienne puis fait le trajet en voiture. A l'aller, je me suis arrêté à Melk où j'ai visité la somptueuse abbaye baroque. Au retour, je suis passé par le Salzkammergut qui est une très belle région. J'ai déjeuné à Halstatt.

La ville n'est pas très grande. Une curiosité à visiter est un ossuaire, une salle où sont entassés des crânes. Le cimetière étant trop petit pour accueillir tous les morts de la ville, on déterre les squelettes au bout d'un certain nombre d'années puis on lave et décore les crânes (avec forcément des motifs peints de très bon goût !) avant de les placer avec les autres. Le dernier date des années 1980. Il est sans doute encore possible de finir là si on en fait la demande mais désormais, la plupart des gens préfèrent être incinérés plutôt que de finir en attraction morbide pour touristes de passage.

Heureusement, tout le reste de Halstatt est charmant. Il ne faut bien sûr pas s'attendre à n'avoir droit qu'à un soleil radieux (mon déjeuner au bord du lac s'est terminé sous la pluie) mais ça fait partie du "charme" de la région. J'espère sérieusement pouvoir y retourner une prochaine fois.

mardi, septembre 12, 2006

Sprengel Museum Hannover


Il ne faut pas rater à Hanovre le Machsee, beau lac artificiel de forme rectangulaire et au bord duquel se trouvent la Sendesaal de la NDR et le Musée Sprengel, construit en 1979 avec l'argent du chocolat. De riches collections modernes montrent que les Allemands ne devaient pas se marrer tous les jours durant la première moitié du siècle dernier...

Une expo intitulée "Sprengel macht Ernst" présente des oeuvres de Max Ernst, mort deux semaines avant ma naissance dans la même ville (Paris) mais il est surtout connu pour son oeuvre picturale. Le thème de l'oiseau enfermé dans la forêt apparaît de manière surréaliste dans plusieurs de ses peintures, notamment "La forêt est fermée". L'oiseau qui vivait chez lui lorsqu'il était enfant est mort le jour où sa petite soeur est née. Cela l'a visiblement traumatisé... à moins que cette histoire fut inventée.
L'oeuvre que j'ai préférée date de la courte période américaine, dans le Colorado.
Je suis plus dubitatif sur tout ce qui est trop ostensiblement surréaliste.

Dans les collections permanentes, on peut visiter une reconstitution de la Merzbau de Kurt Schwitters. C'est très troublant de pénétrer dans ce faux appartement, où l'artiste vivait réellement avant d'échapper à la ville en guerre. La Merzbau a disparu sous les bombardements des Alliés en 1943.

Plus récemment, Donald Judd (1928-1994) a réalisé des oeuvres du courant Minimal Art. J'ai beaucoup aimé une construction abstraite en métal qu'il serait compliqué de décrire... mais que j'aimerais bien avoir chez moi comme étagères de rangement !

Plus sérieusement, les oeuvres qui m'ont le plus fasciné sont celles de James Turrell, qui a travaillé sur l'espace et la lumière. Il y a une oeuvre à aller voir dans le noir : on entre dans un petit couloir plongé dans l'obscurité puis on essaie de trouver l'un des deux sièges sur lequel on s'installe, puis on attend six minutes et... il ne se passe rien. Pour moi en tout cas, il ne s'est rien passé, je n'ai rien vu de plus que du noir !
La gardienne m'a dit que c'était très très subtil...
Au moins j'ai vu une autre de ses oeuvres. Au départ, je pensais que c'était un grand tableau, pas tout à fait un mochrome car je distinguais un très très subtil dégradé blanc-violet. En m'approchant, je me suis rendu compte que ce n'était pas du tout un tableau mais un trou rectangulaire qui donnait sur une autre salle éclairé en blanc-violet ! Comme les deux salles sont sombres, on voit forcément un tableau, conforme à ce qu'on rencontre dans un musée d'art moderne.

Une salle est consacrée à Niki de Saint Phalle avec quelques oeuvres cauchemardesques et d'autres très drôles, comme "Dear Diana", une carte postale dessinée qu'il faut prendre le temps de lire.

Site officiel du Musée Sprengel de Hanovre